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Lundi 17 septembre 2007 1 17 /09 /Sep /2007 20:29

     Les orages on s’en doute sont des phénomènes violents. Le réchauffement de la planète qui nous inquiète tant en ce moment nous fait penser que les événements climatiques deviennent de plus en plus intenses.

 

     Depuis que je suis jeune pilote, j’ai appris à me méfier des " cumulonimbus ", ce que nous appelons dans notre jargon les " cunimbs ".

     En vol à vue on apprend à ne pas aller dessous, les courants ascendants sont violents pouvant atteindre couramment 50 m/s soit 180 km/h au centre du nuage. Et quand ça monte d’un côté, ça descend de l’autre. Se faire prendre en cisaillement entre ces deux courants casse n’importe quel avion. Sans parler des grêlons en suspension dans le nuage qui ayant atteint une masse importante tombent au sol. Plus le courant est important, plus le grêlon peut être gros, soutenu par ces vents verticaux puissants. Heurtés à la vitesse de l’avion en croisière, ils provoquent un effet de marteau pilon sur la cellule, brisent les ailettes d’entrée d’air des réacteurs causant leur destruction immédiate, le nez de l’avion généralement en fibre de verre contenant l’antenne radar météo, et les pare-brises.

     En vol sans visibilité, noyé dans une couche nuageuse et en vol aux instruments, les foyers orageux ne sont évidemment pas visibles , il faut se fier au radar météo qui localise les gouttes d’eau contenue dans l’atmosphère. Plus il y a de courants ascendants, plus les gouttes sont grosses et ces gouttes se transforment aussi en grêlons redoutables. Sur l’écran, la représentation est faite en couleurs, elles varient du vert au rouge en passant par toutes les teintes d’orange. Rouge, c’est à éviter absolument.

 

     Décollant de Nancy par un temps assez orageux, je suis parti avec un peu d’inquiétude, on ne voyait pas très bien où se situaient les foyers d’orages noyés dans un couche étendue en basse altitude. Faisant confiance à mon radar météo, je prends de l’altitude vers mon niveau de vol que j’atteins assez rapidement, aucun écho visible sur l’écran radar.

      Progressivement j’entre dans un courant ascendant assez fort. Pour garder mon niveau de vol je suis obligé de piquer un peu, puis de plus en plus. La vitesse augmentant je dois réduire la puissance mais rapidement il devient évident que je suis en train de me faire aspirer par le " cunimb ". Je n’ai pas encore beaucoup d’expérience et je commence à m’inquiéter sérieusement, je pense que si aucun écho n’est visible sur le radar c’est qu’il est en panne et que je risque d’entrer dans une zone dangereuse. Moment d’angoisse certain.      Et ça continue de monter. Je garde de la puissance et je laisse monter, de 6 000 pieds je me retrouve à 7 000, 8 000, 9 000 pieds… ! Je viens de prendre 1 000 m et un rien de temps.

     Je songe à prévenir le contrôle radar mais je me dis que si un autre avion est dans les parages il doit grimper comme moi et je suis trop occupé à tenir la machine en pilotage manuel et essayer de régler ce foutu radar.

     Tout d’un coup, je me retrouve " éjecté " du nuage, en plein ciel quasiment bleu… ! J’étais juste en bordure du cumulonimbus dans une partie ascendante assez violente, et comme j’étais en marge du nuage, le radar ne détectait rien. Soulagement…j’ai fais une tonne d’adrénaline. Quant au contrôle radar, quand je lui ai dit mon altitude il m’a demandé ce que je faisais là.

      "  Je vous invite à venir voir ! "

     J’ai repris mon niveau initial et les zigzag au milieu des autres foyers orageux bien visibles au radar.

 

     Cela dit, il faut savoir que pour les simples cumulus ou les plus gros orages, ce sont les courants ascendants qui provoquent les nuages. En dehors de ce type de nuages, la turbulence est inexistante. On peux voler en les rasant sans subir la moindre gêne. Ce sont la plupart du temps de magnifiques colonnes qui en altitude s’étalent en forme d’enclume. Voler au milieu d’un front nuageux est un spectacle superbe.

 

    Des années plus tard, alors que je vole en biturbine Beechcraft 200 au décollage de Biarritz vers Lyon en fin de journée, ma femme et moi sommes concentrés sur un nouvel appareil qui vient d’être installé au tableau de bord, le GPS

 

    En matière de navigation, les moyens étaient les mêmes depuis des décennies, basés sur la réception de balises au sol plus ou moins précises en fonction du type de balise, radiocompas ou V.O.R. et de l’éloignement par rapport à ces balises. Les avions de ligne eux pouvaient avoir des " plates-formes à inertie ", matériel autonome mais lourd et coûteux basé sur des capteurs gyroscopiques.

 

 

 

 

     Aujourd’hui, à des centaines de kilomètres du point affiché, on peux savoir au mètre près si on est sur la bonne route avec des récepteurs satellites qui tiennent dans le creux de la main. L’aviation civile n’entretient plus les balises qui tombent en panne depuis 2005 et comme on peux se passer de ces supports physiques, toutes les routes aériennes ont été profondément remaniées et avec l’informatique embarquées, la manière de naviguer elle aussi a considérablement évoluée.

 

     Tout cela pour dire que, établis en croisière dans une couche nuageuse, nous étions en train de nous émerveiller devant ce nouveau gadget dont nous tripotions les boutons pour nous familiariser avec son maniement, mais…nous n’avions encore pas allumé le radar météo et ce sont quelques petites turbulences qui nous rappellent à l’ordre.

     A peine sorti de sa veille, l’écran devient tout rouge devant. Nous nous dirigeons vers une belle ligne de front froid, génératrice d’orages.

 

P7180274-b.jpg     A gauche toute, 90 degrès tout en prévenant le contrôle radar de notre changement de cap pour raison météo, procédure courante.


     Mais 90 degrès ne suffisent pas, nous devons encore virer, aucun espace libre entre les cunimbs. Finalement, nous faisons presque demi-tour et cette nouvelle trajectoire nous conduit droit sur la zone interdite de survol de Mont de Marsan, base militaire stratégique ou étaient basés les Mystère IV porteur de la bombe nucléaire.


"Vous ne pouvez pas continuer comme ça, vous allez survoler la zone interdite, prenez un cap à droite" nous dit la contrôleuse avec une petite voix toute jeune et affolée. (Il y a beaucoup de femme chez les contrôleurs).

     "Nous ne pouvons pas…! Soyez sûre Madame que nous traverserons peut être la zone interdite mais sûrement pas les orages…! "

     "Ce n’est pas possible…! "

     Finalement, elle nous rappelle, visiblement soulagée: "bon, les militaires sont d’accord pour que vous passiez dans leur zone".

 

     En période d’orage, c’est souvent comme cela, on entend des tas d’avions qui demandent des changement de cap pour cause météo car les cunimbs, ça monte très haut, souvent plus de 10 000 mètres, voire plus.

 

 

* Radiocompas: émetteur de type ancien, de faible précision, dont l’aiguille directrice subit souvent les influences orageuses.

* VOR: Visual Omni Range. Emetteur permettant de selectionner une route au degrès près.

Par jean pierre Ebrard - Publié dans : AVIATION D'AFFAIRES - Communauté : AVIATION
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Lundi 10 septembre 2007 1 10 /09 /Sep /2007 12:14

      Je suis en vol en Navajo, non pressurisé, donc avec une altitude de croisière aussi faible que possible pour le confort des passagers, (7 000 pieds – 2 000 m) de plus le temps est assez orageux, quelques éclairs zèbrent le paysage, nous volons sous une voûte de nuages très sombre au-dessus de la vallée du Rhône cap au Sud à destination de Marseille.

Aux environs d’Aubenas j’ai soudain vu " tomber du ciel, traversant les nuages  " une boule de feu tournoyant légèrement en chutant relativement doucement. Rien à voir avec le flash instantané d’un éclair. J’ai suivi sa trajectoire et je l’ai vu éclater en arrivant au sol en une petite gerbe. J’ai pu observer le sol encore quelques secondes après cet impact mais je n’ai rien constaté d’autre, cette boule n’avait apparemment pas provoqué de départ d’incendie.

 

 

 

Extraits de Wikipédia 

La foudre en boule, ou foudre globulaire, est un phénomène météorologique rare et encore insuffisamment expliqué. Elle se présenterait sous la forme d'une sphère lumineuse d'une vingtaine de centimètres de diamètre qui apparaîtrait au cours d'un orage. Les connaissances actuelles à son sujet sont très fragmentaires : elle n'a pu être reproduite expérimentalement que tout récemment. Elle serait en relation avec la vaporisation d'une quantité de silicium, l'élément chimique le plus courant à la surface de la terre. Jusqu'alors, on ne pouvait s'appuyer que sur des témoignages dont la validité était nécessairement sujette à caution. Les divers récits semblaient cependant suffisamment cohérents pour permettre une étude du phénomène.

L'apparition de la foudre en boule peut avoir lieu après celle d’un éclair. Elle est généralement jaune tirant vers le rouge même si elle peut être bleue, verte ou blanche. Elle est souvent accompagnée de crépitements ou d'un sifflement après le tonnerre et d'une odeur d'ozone, de soufre ou de Protoxyde d'azote-oxyde nitrique. Son diamètre varie généralement de 20 à 40 cm et sa durée de vie varie entre 1 et 30 secondes. Elle peut rester immobile ou bien se déplacer horizontalement à une vitesse de quelques mètres par seconde, avec un mouvement de rotation sur elle-même. Une boule de feu peut s'éteindre de deux manières. Le premier mode est explosif, rapide et accompagné d'un bruit violent. Le second est une extinction silencieuse dont la durée est variable. Sa luminosité peut être très forte ou au contraire faible, tandis que sa température peut atteindre les 10.000°C. Cependant, dans le sillage de la boule, la température ne dépasse pas 60 °C, d'après certains témoignages. Des témoins rapportent même en avoir vu traverser des avions ou encore des fenêtres ou des murs.

Par jean pierre Ebrard - Publié dans : AVIATION D'AFFAIRES
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Dimanche 5 août 2007 7 05 /08 /Août /2007 20:42

     Eté 1988 ou 89, je ne me souviens plus exactement de l’année, je suis appelé par un collègue de la région pour qui je fais des vols assez régulièrement comme copilote sur un de ses appareils de 15 places sur lequel je suis qualifié mais vole assez peu pour être commandant de bord.

     C’est une mission de deux jours qui doit nous conduire de Chambéry à Munich, Innsbruck et retour.
    Barnier-BD-r Les passagers sont une délégation de l’organisation des jeux olympiques d’Albertville de 1992, il vont rencontrer des gens qui ont eu à organiser ce type de manifestation. L’un de ces passagers est aujourd’hui ministre.

 

 PEAS-12-r.jpg   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     Nous partons à deux avions du même type. Le commandant de bord de mon avion est un pilote que j’estime assez pour ses qualités, bon pilote et bon camarade, j’ai déjà eu l’occasion de voler sur jet avec lui.      Ensemble nous préparons notre vol : carburant, météo, notams, plan de vol, nettoyage de l’avion et glacières de boissons pour les passagers sans oublier de contrôler l’équipement réglementaire de bordcomme les gilets de sauvetage puisque nous décollons en survolant le lac d’Aix-les-bains.

     Visite prévol soignée et nous embarquons bagages et passagers qui arrivent avec une certaine avance.

 

      Nous partons en seconde position. Décollage, montée dans l’axe de piste vers le nord comme d’habitude, changement de fréquence, Lyon, Genève…et là….mon commandant de bord plonge dans la sacoche de vol de l’avion pour sortir les cartes de navigation et constate qu’il est parti sans la documentation Jeppesen, la documentation indispensable aux vols aux instruments… !

     (note: Jeppesen: du nom d'un pilote américain de l'entre deux guerres qui faisait du transport de passagers, poste et marchandises, en volant à vue, il n'existait aucune infrastructure à cette époque, et à chaque fois qu'il se posait quelque part, établissait une carte des principaux obstacles des environs de l'aérodrome et y notait tous les détails utiles pour un pilote. Ses copains se sont arrachés ses notes, tant et si bien qu'il a créé une firme qui maintenant détient un quasi monopole de la documentation aéronautique mondiale).

Moment grave. Grave…grave… !

      Pour le moment, toutes les infos de route nous sont connues et mémorisées, nous sillonnons suffisamment souvent le secteur pour le connaître par cœur, mais pour la suite, il nous faut les cartes de nav et les cartes d'approche de Munich. Impossible de faire sans.

      Nous discutons rapidement, mon collègue et moi, de la conduite à tenir. Faire demi-tour ne ferait vraiment pas sérieux auprès de nos passagers, nous sommes en vol depuis 20 minutes. Je contacte le premier équipage qui est parti 10 minutes avant nous, je lui explique la situation. Le copilote restera en contact permanent avec nous sur une fréquence particulière et nous donnera toutes les infos dont nous aurons besoin au fur et à mesure jusqu’à Munich.

      Le vol se passe sans problème, l’autre avion nous fourni les fréquences, les axes de route et d’approche et restera opérationnel jusqu’à ce que nous le rejoignons au parking.

Pour le reste du vol, nous ferons au bureau de piste toutes les copies des documents nécessaires pour les autres étapes.

     Que dire de cela ? Pas sérieux ? inexcusable ? Le nœud du problème réside dans le fait que cette petite compagnie n’a pas assez de documentation Jeppesen et qu’il n’y en pas une à demeure dans chaque avion. Mon collègue avait bien préparé son vol et son plan de route mais il a été trompé par la présence de la sacoche de vol qui a été vidée par un autre pilote de la société et l’arrivée avec beaucoup d’avance des passagers a interrompu sa préparation.

     Quant à moi, simple copilote intérimaire, je ne me doutais pas que nous partions sans doc, celle que j’utilise personnellement reste toujours à bord de mon avion qui est toujours prêt pour un départ immédiat.

Par jean pierre Ebrard - Publié dans : AVIATION D'AFFAIRES
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Dimanche 5 août 2007 7 05 /08 /Août /2007 14:02

Voler en montagne,

c’est tout à la fois : frôler le ciel, les sapins, la neige et les rochers

Cette partie de mon expérience aéronautique a été passionnante à tous points de vue. J’ai eu la chance de voler avec Henri Giraud, une légende de l’aéronautique, le seul à s’être posé sur le Mont Aiguille en 1957 et sur le Mont Blanc en 1960. Puis j’ai fais de l’instruction sur avion au sein d’un aéro-club d’abord et en ULM ensuite.

 

 

Membre de l’AFPM, j’ai créé et j’anime encore, le site internet des pilotes de montagne. Pilote avion et ULM, le bureau de l’association m’a délégué auprès de la FFPLUM pour créer un label montagne, il devenait nécessaire d’encadrer un peu les ulmistes suite à de nombreux incidents en vol, c’est ce qui m’a amené à rédiger un petit guide qui, au fil des mois, est devenu un livre de 200 pages, illustré de très nombreuses photos et accompagné d’un DVD comportant plus de 80 clips vidéos de séquences de vol, d’atterrissages et de décollages en montagne.

" Le vol montagne est une discipline de haut niveau

et la meilleure école de pilotage qui soit ".

C’est ce que dit notre président Noël Genet, dans la préface de mon cours. Il faut de la rigueur, de l’expérience, et de l’humilité devant la montagne. On apprécie d’autant plus cette activité quand on a déjà derrière soi une longue carrière et déjà maîtrisé d ‘autres disciplines exigeantes.

 

" Les pilotes d’Ultra Légers Motorisés sont viscéralement attachés à la notion de  Liberté .

Et ils ont raison ! Parce que Liberté et Passion sont indissociables

C’est parce qu’il est plus libre qu’il doit être plus responsable.

Le Vol en Montagne est pure passion.

Le Pilote ULM a la chance de ne pas se voir imposer toute la batterie des qualifications avion. Il doit alors compenser ce qui ne lui est pas imposé par une attitude responsable qui consiste à faire le nécessaire pour acquérir volontairement ce qu’il ne possède pas de façon innée".

 

Le président de la FFPLUM met lui l’accent sur l’esprit libériste des pilotes ulm et souhaite qu’ils abordent la montagne avec précaution.

 

Comme la plupart des pilotes de montagne, je ne suis pas particulièrement timoré, mais dans ce domaine, j'agis avec une extrême prudence.

 

Grande rigueur dans la méthode et grande précision dans le pilotage dans un environnement sans référence d’horizon ne s’apprennent que sur le terrain. Les accidents de pilotes " avion " sont nombreux malgré une formation rigoureuse et un cadre réglementé, et, malheureusement, ces dernières années, des morts, trop nombreux, ont endeuillés notre belle activité.

 

Pilote avion, la qualification montagne est obligatoire pour utiliser les altisurfaces et l’extension neige habilite à la pratique sur skis, sur altisurfaces et glaciers.

Pilote ULM, aucune qualification n’est requise, mais la capacité de nos machines à se poser court ne nous met pas à l’abri des erreurs de jugement en finale. Les causes d’accidents résident surtout dans le défaut d’appréciation de l’environnement.

 

Le pilotage d'un avion ou d'un ULM dans les sites de montagne et haute montagne sous-entend que c'est l'affaire de pilotes confirmés, au jugement sûr, au pilotage précis, avec un bon sens des responsabilités, capables de prendre des décisions, surtout celle de renoncer quand il y a doute.

 

Pour pratiquer les atterrissages en montagne l'été, il n'est requis aucun équipement spécifique. Presque tous les avions légers peuvent se poser en altitude. Altitude qui ne dépasse généralement pas les 2 000 m pour les sites d'été, mais qui atteint 3 500 m l'hiver sur skis.

 

Chaque altiport fait l'objet d'une autorisation distincte sur roues ou sur skis.

L’atterrissage sur altisurfaces fait l’objet de la qualification montagne.

Atterrir sur un glacier est pour la plupart des pilotes avion comme la quête du Saint Graal ! Entrer dans le domaine de la haute montagne… quoi de plus grisant…. ! Quitter la vallée, se poser et pique-niquer , après un vol court , sur la neige des glaciers entre 3000 et 3500m avec devant soi un panorama d’une beauté incomparable est un réel privilège.

 

 

Ce privilège, je l’ai exercé depuis de nombreuses années, partageant mes vols entre mon épouse et mes élèves.

Par jean pierre Ebrard - Publié dans : VOL EN MONTAGNE
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Samedi 21 juillet 2007 6 21 /07 /Juil /2007 19:40

Je dis souvent que ce sont plus souvent les pilotes que les mécanos qui font tomber les avions, je m’explique : normalement, sur un avion bien construit, en suivant les bonnes procédures, les pilotes doivent pouvoir ramener leur avion sur un aérodrome dans de bonnes conditions même en cas de panne grave…normalement… ! bien que l’exemple de la rupture d’un câble de gouverne de profondeur ne laisse pas beaucoup de chance à l’équipage dans certaines conditions d’évolution.

Cependant, il y a des choses qui font frémir rétrospectivement.

 

Basés à Châteauroux et volant sur Cessna Citation, Virginie et son mari choisissent pour la maintenance de leur F-GKID, un atelier de Bretagne habitué à ce type de machine, et aussi meilleur marché qu’un atelier parisien.

Arrivé à fin de potentiel, l’un des réacteurs est envoyé en révision et pendant les quelques semaines d’immobilisation de ce moteur, un autre en location est mis en place pour éviter une immobilisation de l’avion. A la fin de la révision, l’échange est fait de nouveau, l’avion retrouve son moteur d’origine et le moteur loué retourne par transporteur dans la caisse spéciale pour son retour à l’usine.

Quelques temps après, peu satisfaite des prestations de l’atelier, Virginie décide de changer d’atelier et d’aller faire une révision de l’avion chez Cessna au Bourget, le représentant de la marque devant forcément assurer un entretien soigné et des réglages réacteurs corrects.

Et là …cet atelier très méticuleux découvre que les boulons qui tiennent le réacteur à la cellule ne sont pas les boulons requis par le constructeur, ce sont ceux qui ont servi pour le transport dans la caisse spéciale et que les mécanos ont mis à la place de ceux d’origine… ! Incroyable mais vrai… !

La qualité et la dureté du métal des boulons d’origine est de très loin supérieure au métal de ceux de la caisse de transport et à tout moment, subissant les contraintes d’accélération et les turbulences quelquefois sévères, les boulons risquaient de céder et l’avion aurait perdu son réacteur, catastrophe assurée.

Des négligences, voire des incompétences de ce genre, j’en ai malheureusement constaté souvent.

Par jean pierre Ebrard - Publié dans : AVIATION D'AFFAIRES
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Lundi 25 juin 2007 1 25 /06 /Juin /2007 20:42

Orléans-Saran - 1er Mai 1969 – 30 septembre 1971

 

J’ai 715 heures de vol . Jeune pilote, jeune instructeur, jeune tout court: 25 ans, je suis nommé " chef-pilote ", seul instructeur salarié avec un mécano et quelques instructeurs bénévoles dont deux jeunes de mon âge, fils d’un pilote de ligne sur DC 10 à l’UTA. Ils seront plus tard à des moments différents de ma carrière mes instructeurs, l’un en vol en stage IFR, l’autre dans un centre national du SFA (Service de la Formation Aéronautique) pour mon stage d’instructeur de pilotes professionnels. Le monde de l’aéronautique est petit.

 

Les horaires du club affichés étaient "  09h00 – 12h00 / 14h00 – 18h00 "  En arrivant, je change l’affiche pour "  08h00 – coucher du soleil " 

 

Dans les premiers jours de ma période d’essai, un vol se termine mal. Un orage menace soudainement le terrain. Je me pose, le vent ballote un peu le Piper mais l’atterrissage se fait sans problème. Nous sommes un samedi ou un dimanche, il y a du monde au terrain, les avions sont rentrés sous les hangars, je suis le dernier. Pendant le roulage le vent se renforce sérieusement et souffle arrière. Je suis obligé de freiner assez brutalement car même au ralenti je prends de la vitesse. Je freine un coup trop sec, le vent aidant, la queue se soulève et je me retrouve sur l’hélice. Je suis assez penaud. Malgré cet accident les membres du bureau ne m’en tiennent pas rigueur.

 

Je dois ma place au malheureux accident de mon prédécesseur qui s’est tué suite à une panne au décollage. Il a voulu faire demi-tour, ce que l’on ne doit jamais faire. Il faut se poser droit devant soit en obliquant éventuellement à gauche ou à droite pour éviter des obstacles. Il est bien démontré qu’un avion n’a jamais pris assez d’altitude pour virer et revenir se poser sur la piste. Sans ceinture de sécurité d’épaules, il a mangé le tableau de bord, l’élève derrière lui s’en est sorti.

De bonnes ceintures de sécurité avec harnais d’épaules l’auraient sauvé. Malgré ce drame, les Pipers n’en sont toujours pas équipés. Je dois insister auprès des membres du bureau du club pour que notre mécanicien les installe.

 

Je fais une boulimie d’heures de vol. Les premiers mois j’emplafonne les limites d’heures autorisées. Deux mois après je passe mon premier millier d’heures. Près de 300 heures en deux mois. Je resterai d’ailleurs durant toutes mes années d’instruction dans les limites maxi soit 935 annuelles. Souvent, je me suis interrogé sur les lamentations de certains collègues instructeurs de " la nouvelle générations " se plaignant de trop voler mais ne dépassant pas les 600 heures de vol annuelles. Les 35 heures, un manque de motivation, manque de passion du vol… ? Je ne dis pas qu’il faille dépasser les limites mais souvent j’ai constaté que ces mêmes pilotes ne se sentent pas bien à leur place, ils rêvent d’être pilotes de jets d’affaires ou pilotes de ligne et font leur travail d’instructeur comme un pis aller.

Je suis même souvent disponible entre midi et quatorze heures pour faire des navigations avec des élève qui prennent un peu sur leur temps de travail. Certains m’apportent même des plateaux repas soignés qui agrémentent bien le plaisir du vol.

J’ai fait ce métier d’instructeur avec passion jusqu’au changement d’orientation de ma carrière. Les aéroclubs m’ont permis d’avoir des contacts très agréables avec mes élèves dont beaucoup sont devenus des amis. Ce sont ces contacts qui me manqueront dans les vols d’affaires, les relations avec les passagers sont d’un autre niveau et ne durent souvent que le temps de l’embarquement et du débarquement à l’aéroport.

 

J’organise des " brochettes party " le samedi soir qui ont un bon succès. Régulièrement, Madeleine mon épouse prépare la nourriture et les boissons. Nous sommes à la belle saison, le terrain est tout proche de la ville, les gens viennent volontiers.

Gros succès également pour mes cours du soir que j’organise, bénévolement, une fois par semaine comme le faisait Bernard Progin mon premier instructeur. Cours d’anglais aéronautique également dans une très bonne ambiance avec des interphones dans deux pièces pour simuler le trafic entre la tour et les avions avec un groupe d’élèves dans chaque pièce. Ces séances ont été l’occasion de bonnes rigolades mais s’est souvent comme cela qu’on apprend le mieux.

 

Les membres du club voyagent peu. Rapidement avec mes élèves et aussi des pilotes brevetés, j’organise une fois par semaine une navigation " Orléans – Fréjus – Orléans " avec un " night-stop " chez mes parents. La navigation passe par entre autre : Genève, Lyon et Nice pour apprendre à s’intégrer dans le circuit d’un grand aéroport. On ne peut pas encore à cette époque parler vraiment d’aéroport à grand trafic tant il est vrai que le trafic aérien a fait un bond très spectaculaire depuis les années soixante dix, maintenant l’intégration entre les atterrissages d’avions de ligne est bien plus délicat surtout pendant les heures de pointe.

Mon père vient nous chercher à Fréjus qui est situé à une quinzaine de kilomètres de leur auberge. Nous profitons de la plage et d’une sortie nocturne à Saint Tropez. C’est bien pratique de disposer de la voiture familiale.

Ces navigations sont bien appréciées. J’offre à chacun la possibilité de faire une grande navigation dont les frais sont partagés par les trois élèves, ainsi leur portefeuille supporte mieux ce grand vol. Tous à tour de rôle prennent les commandes.

 Un de ces vols sera l’occasion d’une grande expérience.

Quelques uns de mes premiers élèves à Orléans.

 

J’ai eu une sympathie particulière pour Mohamed Yessad. Quand je suis arrivé au club, il était en formation avec un nombre d’heures de vol assez considérable sans avoir été lâché en solo. Un élève qui dépasse les 20 heures de vol sans être lâché seul est , soit un pilote si peu doué qu’il vaut mieux lui conseiller une autre activité, soit son instructeur ne s’est pas donné les moyens de le former correctement. Quand je vois son dossier, je me rends compte qu’au club on se fout de lui. Du racisme plein de préjugés. Je comprends qu’en fait, on le promène, lui faisant faire des ballades autours de la région mais sans lui faire une instruction sérieuse.

Je reprends sa formation à la base,fais un bilan de ses connaissances et rapidement je le lâche en tour de piste. Je ne m’arrête pas là, je poursuis son instruction jusqu’au brevet élémentaire de pilote privé. J’ai eu à subir des ricanements pour cela, mais j’ai fais un heureux, vraiment heureux et fier de sa licence de pilote.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mohamed est chauffeur de cars de la ville. Peu de temps après l’obtention de son brevet, je le croise en voiture à un carrefour. Il est tellement heureux qu’il a arrêté le car et s’est levé en me faisant de grands signes… ! . .

Par jean pierre Ebrard - Publié dans : MES VOLS - DEBUT DE CARRIERE
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Lundi 25 juin 2007 1 25 /06 /Juin /2007 19:34

24 Octobre 2001

Depuis le début de l’année, mon copilote et moi avons décidé d’arrêter les vols professionnels et de nous mettre à la " retraite ". Madeleine mon épouse, copilote pour les vols et copilote dans la vie

J’ai cinquante sept ans, c’est la moyenne de mise à la retraite pour les pilotes professionnels français, pilote de ligne ou pilotes professionnels de toutes les branches d’activités.

 

 

Aujourd’hui, c’est la dernière mission, les deux derniers vols, un aller-retour Lyon – Bilbao.

Réveil 5 heures

Dernière mission, tout est préparé minutieusement. Je vérifie que le plan de vol soit bien enregistré, je prends la météo et les " NOTAM " du jour (notice to airmen) avec le minitel et toutes les infos complémentaires et images satellites sur internet.

C’est la dernière fois que je vais mettre mon uniforme, la veste aux quatre gallons du commandant de bord.

06h30

Une dernière fois nous prenons un café au bistrot-tabac sur la route de l’aéroport pour prendre les journaux dont les inévitables " les échos " et " l’équipe " réclamés par la plupart des passagers. Je prends aussi assez souvent un " millionnaire " ou autre jeu que je gratte en vol arrivé à l’altitude de croisière.

Visite prévol soignée et nous attendons notre unique passager du jour, ça tombe bien, c’est presque symbolique, c’est un pilote privé qui a même son propre avion, un monomoteur " Ruby ". Au moins, c’est un passager qui apprécie à 100% le vol.

 

Comme nous le faisons habituellement, pour le vol aller Madeleine est le pilote aux commandes en place gauche et j’assure les fonctions de commandant de bord en place droite, les " check-list " et la radio. Au retour nous permutons les places, je reprends la place gauche. De ce fait, je suis plus " spécialisé " pour l’approche à Lyon notre dernière base de travail, que pour les autres approches en France ou à l’étranger.

 

 

 

 

 

 

Cela dit, je préfère être à droite avec la radio et la navigation, surtout en arrivant sur des aéroports dont les arrivées sont quelquefois complexes. Avec mon expérience, je jongle plus facilement avec toutes les cartes, dont les cartes de roulage au sol. Souvent, sur les grands aéroports, par temps de pluie et surtout la nuit et par temps de brouillard, le roulage est difficile. Il est aisé de confondre une voie pour une autre.

S’il est relativement aisé à hauteur du poste de pilotage d’un avion de ligne (dix mètres pour un Boeing 747) de visualiser l’ensemble des " taxiways ", à hauteur du poste de pilotage d’un avion d’affaires, deux à trois mètres, toutes les balises sont sur le même alignement.

 

 

D’ailleurs, bien des aéroports envoient des voitures avec un " follow me " lumineux à l’arrière (suivez moi ). Ces véhicules nous attendent à la sortie des pistes pour nous guider jusqu’au poste de stationnement.

 

 

Bilbao. Nous allons déjeuner dans la vieille ville proche du fameux musée " Gugenheim ".

 

 

Cette année là, 2001 , l’automne a été magnifique. Septembre, octobre, toutes nos escales ont été agréables. Nous avons pu nous balader et bien profiter une dernière fois des villes ou nous avons souvent atterri.

2001 et le 11 septembre, c’est aussi une date cruciale pour tout le monde avec l’attentat contre les " twin tower " de New-York. C’est Ben Laden et la montée de l’intégrisme islamique. Une importante baisse de fréquentation des avions de ligne provoquant la faillite de nombreuses compagnie aérienne, dont Swissair après avoir absorbé Crossair ou travaillent ma fille et mon gendre.

 

Décollage retour, Bilbao – Lyon, le dernier vol " pro ". Avec un seul passager et juste ce qu’il faut de kérosène pour rentrer. L’avion est léger, décollage et prise de vitesse bien plus qu’il n’est normalement requis après la rentrée du train en légère montée. Puis avec ce bel excédent de vitesse, j’amorce une montée cabrée d’avion de chasse vers notre niveau de vol. Dernière griserie du décollage avec un avion performant. Avec ce taux de montée on voit le paysage rapetisser rapidement comme si on changeait changer d’échelle sur une carte. Avec ce type d’avion, on joue avec le paysage. Souvent au cours de vol sans passager dans les Alpes, j’ai fait littéralement du saute mouton avec le relief. Les performances sont telles que d’un petit coup de manche tiré, on passe du fond de la vallée au sommet d’un massif en quelques secondes.

 

Nous longeons les Pyrénées et entamons la descente pour une dernière approche à Lyon Bron. Dernière traversée de couche nuageuse, dernière approche aux instruments, dernier atterrissage et arrivé au parking je coupe les réacteurs. J’écoute une dernière fois le sifflement des moteurs qui va decrescendo et le bruit des gyroscopes qui finissent de tourner derrière le tableau de bord. Symphonie de bruits familiers qui fait l’environnement sonore des pilotes. Dernier contact radio : Novembre 198 Novembre delta (N198ND, notre indicatif) au parking, bonne soirée….. Bonne soirée Novembre Delta, à bientôt…. Non, pas " à bientôt, la tour ne nous entendra plus sur la fréquence.

Fin d’une carrière.

Nous avons mis une bouteille de champagne au frais que nous allons boire avec Daniel L… notre dernier passager en évoquant nos vols avec l’entreprise Norbert Dentressangle depuis 10 ans, février 1991 , Octobre 2001.

 Puis nous fermons l’avion après avoir bloqué les commandes,mis les caches réacteurs, caches pitots, les cales. Une dernière photo de l’avion dans la nuit sous les projecteurs du parking. Madeleine lui embrasse le nez. Nous lui jetons un dernier regard plein de nostalgie et quittons l’aérodrome, une page se tourne… ! 40 années de vol dont 37 professionnelles.

 

 

 

Mais nous sommes loin de mon premier vol solo le 15 mai 1961, 40 ans de pilotage, et nous allons encore voler !

Reprenons depuis le début…suivez moi dans les pages suivantes....

Par jean pierre Ebrard - Publié dans : AVIATION D'AFFAIRES
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Lundi 9 avril 2007 1 09 /04 /Avr /2007 19:14

     Un vol client vient de s’annuler. Je devais accompagner toute une famille avec ses bagages à Palma. Comme j’arrive à quelques heures de la visite périodique de 100 heures, je décide de l’anticiper, quitte à perdre un peu de potentiel pour être disponible pour les vols à venir qui ne manqueront pas en cette période estivale ou la demande de vols privés complète celle des vols d’affaires.

      Je conduis l’avion à Chambéry, siège de la PEAS, Pan Européenne Air Service avec qui je travaille beaucoup et c’est aussi mon atelier d’entretien. Mon collègue Bernard Guichon, PDG de cette petite compagnie est aussi pilote. Il a besoin de mon appareil pour un vol qui vient de se déclencher avec un de ses clients, nous avons l’habitude d’échanger nos avions pour plus de disponibilité pendant les périodes de révision ou les congés pilotes. Comme j’ai dépassé le cota réglementaire d’heures de vol, c’est donc lui qui fait ce transport. Il a plusieurs modèle d’appareils et nous avons le Cheyenne en commun.

     Au retour, il va voir son chef d’atelier et lui fait remarquer que la commande de profondeur de mon Cheyenne est plus souple que la commande de leur avion.
Le chef d’atelier fait rentrer l’avion dans le hangar et de l’extérieur, agite la gouverne de bas en haut.
« tsing….. ! » Tiens, drôle de bruit dans le fuselage.
     Ouverture des trappe pour constater que l’un des deux câbles qui permettent à l’avion de piquer ou cabrer vient de céder, le dernier toron a lâché… !
Bernard m’appelle : « nous l’avons échappé belle… ! ».

     Quelques mois auparavant, j’avais fait faire une modification imposée par le constructeur et l’avion civile, ce qu’on appelle une CN, consigne de Navigabilité, dans mon ancien atelier du Havre, FLA, Fouré Lagadec Aviation.
   MP-DV12-r.jpg  Le mécano, Fox, un surnom parce qu’il s’appelle Terrier, un très bon mécano chaudronnier d’aviation, a dû déposer les commandes pour ce travail, mais au remontage, il a fait passer le câble dans une poulie, au-dessus d’un axe anti-battement qui justement doit l’empêcher de sortir de la gorge de la poulie. Le câble s’est petit à petit usé, l’axe a fini par sortir de son logement et j’ai volé ainsi des mois avec une commande prête à lâcher à la moindre sollicitation un peu brusque.
    

     A la décharge de Fox, le départ du câble est situé dans un endroit impossible derrière le tableau de bord, mais il aurait dû vérifier son installation avec un miroir. Les mécanos ont des miroirs comme ceux des dentistes pour leurs inspections.

La baraka encore...!

Par jean pierre Ebrard - Publié dans : AVIATION D'AFFAIRES
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Mercredi 4 avril 2007 3 04 /04 /Avr /2007 11:54

Genty actionnaire de Air Service Affaires


     J’avais entendu par un collègue du Havre que Genty groupe de grande distribution dans l’Isère et le sud-est cherchait un avion.

      Initialement, le groupe avait une participation dans la petite compagnie SINAIR du nom de son pilote-gérant, Jean-Claude Sinour. Jean-Claude est une figure de l’aviation générale, sûr de lui, fort en gueule. A l’entendre, le niveau technique d’Air France s’était amélioré depuis que ses copilotes avaient été en formation avec lui avant d’entrer dans la compagnie. J’exagère à peine. Mais c’était un gars sympathique.

      Ses débuts remontent aux années soixante quand il transportait le PDG du Dauphiné Libéré sur un Jodel Mousquetaire et des journaux entre Grenoble et Fréjus.

      Puis différentes sociétés se sont associées au DL pour exploiter un véritable avion d’affaires, Beechcraft 90 et Beechcraft 200 ensuite.

      Jean-Claude n’était pas le dernier à emplafonner les minimas réglementaires, même qu’il s’est payé une ligne électrique en finale à Bergamo.

      " C’est la faute de mon copilote qui ne m’a pas annoncé les minimas…. "

      Il a bon dos le copilote… ! Crash sans mort, des passagers choqués et lui un tassement de vertèbres.

      " Je l’ai piloté jusqu’au sol " disait-il… ! ". Son mécano Christian Trijasson à été viré quand il lui a dit qu’il aurait mieux fait de le piloter correctement jusqu’à la piste.

 

      Après ce crash, le groupe Genty a tout de suite retiré sa participation dans la Sinair et a cherché à avoir son propre avion et son pilote. Ils ont failli en avoir un en rachetant une grande marque de café propriétaire d’un Piper Cheyenne et c’est par leur pilote,  Jean-Claude Courtois, rencontré dans mon atelier de maintenance du Havre, Fouré Lagadec Aviation que j’ai eu l’information. Sauf que la transaction n’a pas aboutie et que j’en ai profité pour envoyer mes offres au siège social de Genty.

MP-DV05-r.jpg


      Suite à cela, courant avril 85, je suis contacté par un proche du PDG de Genty, lui même PDG d’une grande société  pour faire un vol d’essai entre Grenoble et St Tropez pendant le

pont du 1er mai, grand vol…40 minutes au plus, et le reprendre 5 jours après… !

 

Jean claude Courtois et Marc Bucaille, directeur de l'atelier Fouré Lagadec Aviation.

      Je le pose à St Trop. Et lui laisse mes coordonnées pour tout changement.

      Le jour du retour, j’arrive à l’aérodrome, un message m’attend : " nous ne repartirons que demain, même heure ". Vachement cavalier.. ! aucun autre client ne m’a jamais fait cela.

      Je ronge mon frein, c’est un actionnaire potentiel, il a encore des parts dans la Sinair et veut prendre aussi des parts dans " l’ avion Genty ".

      Le lendemain, je suis au garde à vous au pied de l’avion….avec le sourire, et pendant que je charge les bagages il m’explique que mon avion est très bien mais que lui, ce qui l’intéresse, c’est un Jet… !

      Ce type s’est foutu de moi. Il a profité de la situation pour s’offrir un vol de loisirs. Je lui garde un chien de ma chienne et j’aurai l’occasion de lui rendre cette amabilité. A suivre plus loin.

      L’affaire en reste là jusqu’au mois de juillet. Appel du secrétariat du  PDG de Genty : " nous voudrions faire un vol d’essai au mois d’août entre Grenoble et St Tropez… "

      Là, je me dis qu’on me prend pour un con, une fois ça va, de plus la date tombe juste sur la réservation de voilier que j’ai faite pour nos vacances. Je propose qu’on se contacte à nouveau en septembre…

      Contre toute attente, en septembre, la secrétaire d’un certain Jean-Louis Maupu, DG du groupe Genty me propose de faire un vol de démo au départ du Bourget sans destination précise. Ca ressemble à une demande sérieuse.

      Rendez vous pris, nous nous retrouvons chez Transair, société d’assistance, ou je fais la connaissance du DG et de la sœur du PDG, Sylviane Garcin.

      J’ai prévu d’aller se poser à Deauville et de leur faire survoler les falaises de Normandie en passant. Je fais mon " show " de pilote d’affaires, nous survolons le Havre, Deauville et le DG me dit que ce n’est pas la peine de se poser, aussi j’active le plan de vol retour vers le Bourget.

      Au sol, le DG vient me parler : " Vous savez Monsieur Ebrard, nous avons souvent des rendez-vous importants et la météo nous empêche quelquefois de se poser, mais vous êtes sûrement un bon pilote, vous avez beaucoup d’expérience, ça doit pouvoir s’arranger un peu… ? "

      " Monsieur, pour voler dans des conditions d’insécurité, je ne suis pas l’homme que vous cherchez… ! "

      " Monsieur Ebrard,Justement, vous êtes l’homme que nous cherchons, c’est la réponse que j’attendais de vous, c’est parfait, je vous rappelle rapidement " .

      Voilà comment ont débuté les transactions de cession d’Air Service Affaires au groupe Genty.

 


21 septembre, Desmarquet comme secrétaire général est délégué pour préparer les documents. Il a le pouvoir de signature. Il pensait venir discuter de la vente, mais pressé par Jean-Louis Maupu qui a tout préparé, la vente est conclue. Dans le taxi, sur le chemin de retour vers l'aéroport il est tout décontenancé: « j'ai vendu la société... j'ai vendu la société... » ce n'est pas ce qu'il avait prévu.

Moi, je suis aux anges bien évidemment, j'ai sauvé mon entreprise. Ca n'a pas été facile. Depuis le 25 janvier, 8 mois de galère.

Mais pour lui, avec les difficultés du groupe, son parcours du combattant va commencer, la faillite malheureusement est au bout du chemin.

 

Curiosité de la vie... quelques mois après, il m'appelle pour me demander de parler de lui à Daniel Cathiard à qui il a envoyé un C.V. Ce que j'ai fait évidemment, mais sa demande n'a pas été retenue.

Quant à la prime de 100 000 frs qui m'avait été promise, je ne l'ai pas eue, un prix de vente de 3 millions minimum était dans les conditions et l'affaire à été réglée pour 2.5 seulement.

 

 

 

Il est convenu que l'activité doit commence dès le 1er Octobre, ça ne chôme pas.

Parti le premier en reconnaissance, je trouve un bel appartement rapidement. « Re »déménagement, « re »inscription des filles au collège et lycée. Le 1er Octobre, je fais le premier vol pendant que Madeleine accueille seule les déménageurs, les mêmes qu'il y a 3 mois à leur grand étonnement.

Au milieu de cette bousculade, il faut que je fasse les courriers et amendements, une fois de plus en 3 mois pour rendre compte dans les manuels d'exploitations Aviation Civile et Véritas du changement d'adresse de la société et préparer un nouveau passage au CSAM, la cession des actions étant supérieure à 50%. De la paperasse comme on dit pour occuper les temps d'escales.


MP-DV95-r.jpgQuelques semaine après, l’avion est envoyé en atelier pour y être repeint aux couleurs Genty. Au moment de rentrer à vide sur Grenoble avec le Cheyenne dans sa nouvelle livrée, un appel de Genty me dit que je dois attendre…le proche du PDG, qui arrive à Charles De Gaulle et le ramener à Grenoble.

 

 

 


MP-DV96-r.jpgJe suis courtois sans plus, le vol se passe bien et…..je lui envoie une facture pour : " un aller et retour " Grenoble- Paris -Grenoble… !

Il sait que l’avion sortait d’atelier et que de toutes façon j’aurai fais ce vol avec ou sans passager. Discussions…je reste ferme, il paiera sa facture, 20 000 frs quand même...! (plus de 3 000 euros) Bien entendu, il ne fera plus jamais appel à mes services et c’est très bien comme cela, de toutes façon, les vols, ce n’est pas ce qui m’a manqué par la suite.

 

    Avec le groupe Genty, tout se passe très bien.


    Le PDG, Daniel Cathiard est un sportif, ancien membre de l'équipe de France de ski ainsi que son épouse. Il a lancé la chaîne GO SPORT.

 

    Comme avec les Papiers Peints, j'ai carte blanche.

Je met en place mon organisation avec le secrétariat. Au début, ce ne sont que les vols pour le groupe, progressivement j'ai un peu de clientèle et davantage quand les confrères de la région se décident à me faire confiance pour m'affréter régulièrement.

 

    Avec l'un d'eux, Bernard Guichon, PEAS, la Pan Européenne Air Service à Chambéry, je vais même voler en pilote intérimaire plus de 400 heures sur les avions de sa compagnie ou en échange d'heures de vol avec nos avions, et être qualifié sur Jet grâce à lui.

 

    Bernard exploite un Cheyenne lui aussi, des Beechcraft 99, avions de 15 passagers un peu anciens, comme l'instrumentation, le radar météo pas toujours opérationnel, et non pressurisés, un beechcraft Baron, un hélicoptère et en 88, nouveau venu, le jet Cessna Citation de MTS, une société tournée essentiellement vers l'hélicoptère.

    400 heures de vols, c'est presque un an de vols pour un pilote d'affaires, et cela en moins de 4 ans. 4 ans seulement parce que ce bon plan malheureusement ne va pas durer. Mais n'anticipons pas.

 

    Jean Louis Maupu, le DG souhaite apprendre à piloter, et évidemment me sollicite pour cela. En volant à l'aéroclub de Grenoble-Le-Versoud, je vais le conduire jusqu'au brevet sur monomoteur. Parallèlement, je lui fait une formation sur le Cheyenne au cours de ses déplacements, ce qui n'est pas toujours apprécié des autres passagers du groupe qui subissent un peu les maladresses de pilotage, mais ça les rassure aussi, il pourra ramener la machine s'il m'arrive quelque chose.

 

    Je partage un hangar avec la S.A.R. Société Aéronautique Roanaise, qui y a établi son atelier sur l'aérodrome de Saint Etienne de Saint- Geoir. Le chef d'atelier est Christian Trijasson, l'ancien mécano de la Sinair de notre ami Jean-Claude Sinour.

MP&DV99-bd

    Au début de mon installation, je confie à la SAR l'entretien du Cheyenne, mais je vais avoir quelques soucis, leurs avions passant en priorité je n'ai pas l'entretien que je souhaite, je le confie donc à la PEAS de Chambéry, ce qui renforce notre collaboration.

    L'atelier fermera complètement et je me retrouverai -enfin- seul dans le hangar. Je vais pouvoir l'aménager à ma guise pour l'accueil passagers et mon outillage d'entretien courant, et rendre propre et accueillant le bureau qui est le local d'accueil des passagers. Trijasson y faisait de la mécanique l'hiver sans soucis pour la moquette et le mobilier.

  ur le mode américain, ou suisse, j'avais déjà fait peindre la totalité de la surface de hangar, le ciment du sol, en vert avec de la peinture industrielle, on peut ainsi essuyer les taches d'huiles au lieu qu'elles ne s'imprègnent dans le ciment, ça donne un aspect plus propre et plus sérieux. Je suis toujours surpris de voir l'état de saleté de la plupart de nos ateliers français.

 

    Le PDG d'une société propriétaire d'un avion sera extrêmement sensible à cet aspect et la compétence des m      Sécanos ne compensera pas l'aspect sale et négligé d'un atelier.

    Seul dans le hangar, j'ai fait de larges marques au sol positionnant l'avion en stationnement et placé à côté, le chariot électrique de manutention de l'avion, une roulante d'atelier, la karcher et divers matériels bien rangés. Cet ordonnancement inspire confiance aux passagers qui traversent le hangar pour embarquer.
L'hiver, l'avion est sur groupe sur le parking avec le chauffage pour plus de confort à l'embarquement

    Dans le hangar toujours, à côté du bureau, j'ai installé des tables et des fauteuils sous des parasols où les passagers peuvent prendre un café et des croissants en lisant la presse du jour.

     Sur les murs, j'ai installé des panneaux avec les pubs de la filiale Go Sport, pubs sportives, très dynamiques.


    Tous ces détails sont extrêmement importants pour donner vraiment l'assurance que même un petit avion d'affaires peut apporter le même sérieux et la même compétence que les avions de ligne.

 

 

 

ASA-.jpg

 

      ELLE A TOUT D'UNE GRANDE.... !

 

       Papier à lettre sur fond de montagne, flyer, carte de passage et de bagages pour fidéliser la clientèle, billet de transport, oui, elle a tout d'une grande cette petite compagnie aérienne...

 

 


Par jean pierre Ebrard - Publié dans : AVIATION D'AFFAIRES - Communauté : AVIATION
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Lundi 2 avril 2007 1 02 /04 /Avr /2007 10:28

13 octobre 1988.

 

Le pilote testeur va arriver. La tension monte. Cet homme est  pilote inspecteur de l’aviation civile.

Pour ce test sur le Cheyenne, machine complexe, performante, qui n’a rien à voir avec un monomoteur d’aéro-club, j’ai voulu que ce soit un testeur que personne ne soupçonnera de complaisance envers Virginie pour son brevet. Si lui la juge apte, il ne sera pas dit qu’on lui aura donné parce que c’est la fille Ebrard.

C’est important, dans cette communauté de pilotes amateurs, les envieux, les jaloux sont prêts à bavasser.

 

Le Mike-Papa est fin prêt, la météo, le trajet donné à l’avance, les notams, tout a été étudié.

Robert, comme à son habitude, est peu bavard. Interrogation orale pour débuter, vérification des connaissances théoriques. Visite pré-vol et nous nous installons à bord.

Le testeur pour ce vol est installé en place passager car n’étant pas qualifié sur ce type d’avion il ne peut être en place droite, je suis donc le pilote de sécurité.

Il est prévu qu’il me passe des petits papiers sur lesquels il aura écrit ce qu’il souhaite que Virginie subisse comme épreuves pendant le vol: pannes, déroutement etc. C’est une convention.

 

Nous décollons pour notre première destination, Saint Flour dans le Cantal. Tout se passe bien. Le paysage défile vite évidemment, entre 450 et 480 km/h, plus vite qu’en monomoteur. En arrivant en vue de Saint Flour,  premier petit papier : N-1. Ca veut dire un moteur en moins.

Comme j’ai le choix, je dis à Virginie de couper le moteur droit. Elle doit gérer cela comme une panne réelle mais sans l’arrêter, simplement réduire la puissance et mettre l’hélice en drapeau, ce qui a le même effet. Il n’est pas permis…il n’est plus permis pour des raisons de sécurité, suite à de trop nombreux accidents en entraînement, de couper complètement un moteur. Cela dit, pour qu’un élève voit bien qu’effectivement il n’y a pas de différence entre la panne simulée et la panne réelle, au cours de la formation, à une altitude de sécurité suffisante, j’ai l’habitude de couper le moteur critique et de lui faire faire des évolutions aussi serrées que possible pour bien mettre en évidence qu’un bimoteur vole bien sur un seul moteur. Il est même normalement capable de poursuivre la montée après le décollage avec la moitié de sa puissance.

J’ai choisi le droit parce que le moteur gauche est ce que l’on appelle le " moteur critique ". Compte tenu de l’écoulement tourbillonnant derrière les hélices qui tournent toutes les deux dans le même sens, horaire vu de la place pilote, voler sur le moteur droit est plus pénalisant. C’est pour cela que certains avions sont équipé de moteurs contrarotatifs, le moteur droit tournant lui dans le sens anti-horaire.

Mais revenons à notre vol. Nous voilà en vue de Saint Flour avec un moteur en panne. Il faut que Virginie s’insère dans le circuit en respectant les règles d’approche sur un moteur : faire une approche de plus loin que d’habitude pour avoir le temps de bien se mettre dans l’axe de piste, bien ajuster sa vitesse d’approche, sortir les volets " position approche " et attendre d’intercepter le plan de descente de 5% pour réduire la puissance du moteur restant et sortir le train d’atterrissage. Eventuellement, en courte finale, si l’on est sûr de se poser correctement mais si la piste est courte, sortir tous les volets.

Tout cela avec un avion qui tire vers la droite du côté du moteur arrêté. Il faut mettre beaucoup de palonnier avec force pour conserver la trajectoire. Pied à gauche et bien calé dans son siège et le siège un peu plus en avant parce que la pédale s’enfonce sous le tableau de bord. " Pied mort, moteur mort ", le droit en l’occurrence, ça, c’est un truc pour confirmer le moteur en panne au moment ou il s’arrête, il ne s’agit pas de se précipiter et couper le moteur restant…c’est arrivé , et même souvent. Pas évident de tout gérer quand le stress s’en mêle… !

Encore un petit papier : " remise des gaz en finale N-1 ".

La remise des gaz sur un moteur est délicate. Mise en puissance, rentrée des traînée : train et volets, et assiette de montée en même temps sans passer en dessous d’une vitesse minimum ou le moteur nous entraînerait inexorablement vers la droite sans pouvoir contrer la dissymétrie de traction, ce qui suppose une assiette de montée faible et là, beaucoup de palonnier car le moteur gauche est au maximum de sa puissance, plus de 600 cv qui tirent en désaxé.

Nouveau tour de piste, nouvelle approche et atterrissage complet avec arrêt au parking pour souffler un peu….ouf… !

Elle a bien travaillé la petite. Il faut dire qu’elle a de l’entraînement. A chaque vol, ou presque, sans passager, je lui faisais le coup de la panne.

 

Nous repartons pour une nouvelle destination, que j’ai oublié depuis, mais de toutes façons, quelques minutes après le décollage, nouveau petit papier : " déroutement Clermont-Ferrand ". Consultation du dossier météo, c’est faisable.

Là…là, je commence à m’inquiéter. Virginie prend de l’altitude et des nuages traînant à notre niveau, elle décide de passer au-dessus. Pas dessous ou il y a de la marge entre la base des nuages et le sol ; non…au-dessus. Progressivement les nuages se font de plus en plus dense et deviennent une couche soudée…et nous sommes au niveau 105, plus de 3 000 m d’altitude.

Etant en règles de vol à vue, il ne sera pas question de traverser la couche à la descente. Contact radio avec Clermont : bonne visi, nuages élevés, 5/8, c’est à dire ciel au ¾ couvert.

Il faut savoir que je ne peux absolument pas l’aider en quoi que ce soit, nous sommes en test, elle gère seule son vol. Finalement, elle a de la chance la petite et moi je respire, une large trouée nous permet de revoir le sol avant d’arriver en vue de Clermont et de se positionner à la bonne altitude sur les points de report du circuit de piste.

 

Le retour sur Grenoble St Geoirs se passe bien. Le testeur est satisfait du travail de la candidate. Le brevet de pilote privé lui sera délivré à la date de son anniversaire le 24 octobre 1988, jour de ses 17 ans.

" Aviation & Pilotes "


A mon assureur j’explique que j’ai besoin d’une extension d’assurance pour Virginie afin qu’elle puisse voler seul sur le Cheyenne. Les clauses sont toujours très restrictives pour ce matériel coûteux et il doit en référer à sa compagnie. La compagnie est vraiment bien, pour des vols occasionnels, le Cheyenne sera assuré pour un tout jeune pilote privé commandant de bord avec un faible supplément de prime, mais pour Virginie seulement.

Quelques jours après, au retour d’un vol avec des passagers la météo étant très favorable, pas de vent, bonne visibilité, et à une heure ou il n’y a pas de trafic, j’envoie Virginie faire un tour de piste en solo.

Grand moment. Je sais bien qu’elle est capable mais quand même, la lâcher seule avec cette bête de course, " un avion d’homme " comme l’a écrit " Aviation & Pilote ", pas un avion de gamine de 17 ans. Je stresse un peu.

Je suis au pied de la tour avec ma radio portable. Je la suis des yeux et des oreilles. Le commandant d’aérodrome passe près de moi : " votre avion vole tout seul… ? ". Il va suivre avec moi ce lâcher peu ordinaire.

De retour au parking, la porte escalier s’ouvre, Virginie descend de l’avion, nous tombons dans le bras l’un de l’autre les larmes aux yeux. Grand moment d’émotions.

 

Une opération d’entretien sera l’occasion d’une première navigation solo. Basé à Grenoble St Geoirs, l’avion est entretenu à Chambéry. Habituellement on me prête une voiture pour rentrer à la maison. Là, je ferai le trajet Grenoble-Chambéry avec la voiture et Virginie avec l’avion. Idem pour le retour d’atelier.

Elle arrive bien entendu avant moi. Garé devant le hangar, elle porte au chef d’atelier les documents de bord et les notes que j’ai rédigé. Elle en discute avec lui un moment, puis le chef d’atelier lui dit : "mais qu’est-ce qu’il fait ton père, il va passer la matinée dans l’avion… ? ".

"  Mon père…il arrive en voiture, je suis venue avec l’avion parce que je ne peux pas conduire la voiture, je n’ai pas l’âge d’avoir le permis ".

Par jean pierre Ebrard - Publié dans : FAMILLE - Communauté : AVIATION
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