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17 janvier 2007 3 17 /01 /janvier /2007 18:46

Deux accidents aériens le même jour.

     Je dois faire une présentation voltige au-dessus d’une manifestation près de Bordeaux. En attendant l’heure qui m’a été imposée, je stationne sur un aérodrome proche :Bordeaux-Saucat.  
     Je discute avec d’autres pilotes en regardant arriver un planeur en dernier virage. Il est manifestement trop lent, nous le voyons partir en vrille et tomber dans la forêt qui borde le terrain.
     Tout le monde se précipite, je reste seul au bord de la piste près de mon Stampe. Quelques minutes après, je vois sortir de la forêt et venir vers moi un grand gaillard en combinaison de vol avec le parachute du planeur qu’il traine derrière lui. Insolite. Il a croisé toute l’équipe du vol à voile, personne ne l’a vu. Il n’a rien. Nous restons seuls un moment avant que la troupe ne revienne ayant constaté qu’il n’y a plus personne dans le planeur accidenté.

     À l’heure dite, je fais ma démonstration puis je tourne autour du rassemblement en battant des ailes pour dire au revoir. Un hélicoptère qui est là pour faire des baptêmes n’attendait que cela pour décoller avec des passagers. Je le vois commencer son décollage, et, panne de turbine probablement, l’Alouette-II se crashe tout à côté du public.
     J’apprends le lendemain qu’il n’y a eu que des dégâts matériels. Un accident aérien, ce n’est pas courant, mais en voir deux à 30 min d’intervalle, ce n’est vraiment pas courant du tout.

     J’aurai pu être victime d’un troisième, car pendant ma présentation, je prends ce qu’on appelle " le voile noir " :perte de la vision par reflux du sang provoqué par l’accélération au niveau des yeux.
     J’en suis à une figure qu’on appelle l’avalanche. Cela consiste en un looping avec au sommet de la boucle, un tonneau déclenché.
Le tonneau déclenché est une figure violente qui se provoque par une action brutale du manche vers l’arrière et une action dissymétrique sur le palonnier pour entrainer l’avion dans une vrille horizontale violente qu’il faut contrôler en ne faisant qu’un seul tour puis reprendre la fin du looping. Pendant la ressource où je suis à plus de 4g, c’est à dire 4 fois mon poids, je ne vois plus rien, tout est gris et mon looping doit se terminer à 50 m du sol.
     C’est instinctivement, avec le rythme de la figure en tête que je continue ma manœuvre et quand je me retrouve en vol horizontal rectiligne, je retrouve la vue, ouf… ! je suis dans la bonne ligne de vol.

     4g, ce n’est pas énorme comme accélération, les voltigeurs modernes atteignent couramment 10g. C’est supportable quand le temps de l’accélération est bref. 4g en continu est la limite d’apparition du voile noir.
     Cela dit, tout dépend de la forme physique du pilote et de son entrainement au " g ". Ce jour-là, j’étais fatigué, j’avais beaucoup volé depuis un mois et fait beaucoup de voltige, ce qui est éprouvant. J’étais moins résistant. Suite à cela je prends un congé de quelques jours pour récupérer. Comme je l’ai dit, je fais une boulimie d’heures de vol. Trop c’est trop !

     À mes débuts de voltigeur, Baurin m’explique comment faire un looping en inversé. Un looping normal se fait en ligne de vol habituelle et à la suite de la prise de vitesse en léger piqué, on tire sur le manche pour faire une boucle. En looping inversé il faut réduire la vitesse puis partir en piqué pour réaliser la boucle. Dans un looping normal, on subit l’accélération du haut vers le bas, on est écrasé sur le siège, dans un looping vers l’avant, on a l’impression qu’on va être éjecté de l’avion, ce n’est pas forcément très agréable quand on n’a pas l’habitude. Je me souviens de mon premier vol sur le dos avec un instructeur, je m’étais accroché à mon siège comme si j’allais tomber. Heureusement, en voltige on doit avoir une double ceinture de sécurité. On ne sait jamais !

     Plusieurs fois à la fin d’un entrainement voltige, j’ai pris de l’altitude pour tenter ce fameux looping inversé…plusieurs fois je suis revenu au sol sans avoir osé. Faire ça tout seul une première fois, c’est impressionnant. Essayez d’imaginer : se mettre en piqué, droit sur la planète et continuer à pousser sur le manche pour remonter la tête en bas, les yeux exorbités par l’accélération négative. Diabolique.

    Toutes ces expériences sont des occasions de se surpasser, de prendre davantage de confiance en soi et davantage de technique du vol.

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Published by jean pierre Ebrard - dans MES VOLS - DEBUT DE CARRIERE
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