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31 janvier 2007 3 31 /01 /janvier /2007 19:09

Toujours pour faire la promotion des voyages et voyager moi-même, je prévois de partir en vacances en avion jusqu’à Marrakech et Ouarzazate de l’autre côté de l’Atlas. L’avion, c’est le Mousquetaire, le plus adapté pour les longs trajets. 4 ou 5 places, une très grande soute, 600 kg de charge utile, c’est bien pour Madeleine et moi et mes parents qui se joignent au voyage.

Nous partons début octobre, période pas toujours favorable pour la météo, mais nous pourrons toujours passer sans trop de problèmes.

Première étape : Tours pour faire un plein complet " sous douanes " avant l’Espagne, donc plus avantageux financièrement, car exonéré de taxes, et passer la douane passagers et bagages.

Tours – Barcelone. À l’arrivée, on me positionne pour la finale sur la petite piste transversale. En très courte finale, le contrôleur me dit :

" Make a short landing " (atterrissage court).

Survolant déjà le début de piste, il m’est difficile de faire plus court et je stoppe au ras de la croisée des pistes. Je suis à peine arrêté qu’un Boeing 727 à l’atterrissage me passe sous le nez. 20 mètres de plus et j’étais sur sa trajectoire, nous aurions fait une catastrophe aérienne dont nous aurions été les principales victimes…

Au parking, pendant que nous sortons nos valises pour passer notre première nuit à l’hôtel, des agents de l’aéroport font bruler des fumigènes d’insecticide autour de nous. Très agréable ! Nos vêtements sont imprégnés de cette odeur pour le reste de la soirée.

Étapes suivantes : Malaga. Pas de problème à l’arrivée, mais au sol je ne comprends rien à ce que la tour me dit dans un anglais baignant dans un terrible accent espagnol, mais c’est surtout parce qu’à cette époque, mon anglais est plutôt nul. Finalement, on m’envoie un placeur qui me fera stationner à l’endroit réservé aux petits avions.

Nous passons la nuit aussi dans cette ville touristique encore bien animée. Pas moyen de s’endormir. Des voisins anglais font la java et parlent fort. J’essaye de leur dire de baisser d’un ton, mais rien n’y fait. Finalement, c’est mon père qui aura raison d’eux en leur parlant dans un anglais parfait qu’il a acquis dans sa jeunesse. Entre anglais, on se tient bien et nous avons pu dormir enfin tranquillement.

 

Malaga – Rabat : Pour survoler et atterrir au Maroc, à cette époque, il faut des autorisations. Je les ai demandées bien à l’avance, mais je n’avais pas eu la réponse avant mon départ. Avant de passer la frontière, je contact Tanger ou nous allons faire une escale ravitaillement essence.

" Vous n’avez pas d’autorisation pour venir au Maroc, faites demi-tour ".

Après moults palabres, enfin, ma demande et l’autorisation correspondante sont retrouvées, nous pouvons continuer.

Pour passer le détroit de Gibraltar qui est noyé sous une couche continue de nuages, je prends des marges en cas de panne et monte à 4 000 mètres. C’est plus que largement suffisant.

Rabat : Un lointain cousin, ambassadeur de Suisse nous reçoit chez lui. Soirée mondaine. Visite guidée de la ville par l’un de ses " serviteurs ".

Rabat – Marrakech. Pour tout notre périple, nous n’avons rien réservé. Nous tombons dans un hôtel à l’aspect extérieur correct, mais tellement minable à l’intérieur que ne supportant pas la compagnie des cafards, entre autres, nous cherchons un autre hôtel. En 1969, le tourisme n’a pas encore vraiment développé l’hôtellerie, et le pire côtoie le meilleur.

Marrakech – Ouarzazate. Pendant le roulage au départ, la roue de queue crève. Impossible de continuer. Je débarque mes passagers qui sont pris en charge par une camionnette vers l’aérogare et moi, pour pouvoir réparer plus facilement, j’entreprends le roulage vers le parking. J’avais heureusement prévu cette crevaison et j’ai une chambre à air neuve. Pour ne pas endommager le pneu, je fais mon roulage avec beaucoup de vitesse, queue haute ce qui me vaut quelques réflexions indignées à la radio. Le départ est remis au lendemain.

Nous avons téléphoné à un hôtel d’Ouarzazate qui a de la place pour nous recevoir, mais en survolant l’aérodrome, une vaste plaine de terre avec deux hangars rouillés et sur le point de s’effondrer, nous passons sans le voir au-dessus du Club Méditerranée dont la construction s’harmonise avec les maisons des alentours. Le Club envoie une voiture, car tout avion qui les survole est un client, c’est la coutume qui s’est instaurée. Sauf que nous, nous ignorions son existence. Nous y serons parfaitement bien et ce sera notre base de départ pour visiter cette région en voiture de location.

Pour notre tranquillité, il nous est conseillé d’embaucher un indigène pour garder l’avion. Notre gardien ressemble à un Touareg ; il s’installe avec son réchaud pour le thé dans un gros bidon éventré pour passer la nuit.

Aujourd’hui, Ouarzazate est un aéroport international qui reçoit les plus grosses machines et des cargaisons de touristes.

 

La météo nous a souri pendant tous nos vols. Ce voyage n’est pas un exploit, mais un si long périple n’était guère dans les habitudes des aéroclubs. Aujourd’hui, le seul frein à ce genre de voyage est le prix des heures de vol qui, avec la montée du prix de l’essence, entre autres facteurs influents, a fortement augmenté. Pour mémoire, l’heure de vol de Mousquetaire valait 60 fr, aujourd'hui 800. Je ne sais pas faire la comparaison en francs constants, mais je suis certain qu’il était bien plus avantageux de voler à cette époque. Les jeunes aussi pouvaient bénéficier de bourses, jusqu’à 30 heures par an jusqu’au brevet pour un montant de 40 fr/heure alors que l’heure de Piper en école valait 45 fr.

Heureuse époque où les aides de l’état étaient importantes en faveur des jeunes et ont soutenu bien des vocations. On pouvait entrer dans les compagnies " par la petite porte " en passant par l’aéroclub, le monitorat, le vol aux instruments dont les stages étaient abordables et pour lesquels les banques accordaient des crédits.

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Published by jean pierre Ebrard - dans MES VOLS - DEBUT DE CARRIERE
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