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25 juin 2007 1 25 /06 /juin /2007 17:34

24 Octobre 2001

Depuis le début de l’année, avec  mon copilote:  Madeleine,  mon épouse, copilote pour les vols et copilote dans la vie avons décidé d’arrêter les vols professionnels avec l’entreprise Norbert Dentressangle. 
J’ai cinquante-sept ans, c’est la moyenne de mise à la retraite pour les pilotes professionnels français, pilote de ligne ou pilotes professionnels de toutes les branches d’activités.

Aujourd’hui, c’est la dernière mission, les deux derniers vols, un aller-retour Lyon – Bilbao.

Réveil 5 heures

Dernière mission, tout est préparé minutieusement. Je vérifie que le plan de vol est bien enregistré, je prends la météo et les " NOTAM " du jour (notice to airmen) avec le minitel et toutes les infos complémentaires et images satellites sur internet.

C’est la dernière fois que je vais mettre mon uniforme, la veste aux quatre gallons du commandant de bord.

06h30

Une dernière fois nous prenons un café au bistrot-tabac sur la route de l’aéroport pour prendre les journaux, dont les inévitables " les échos " et " l’équipe " réclamés par la plupart des passagers. Je prends aussi assez souvent un " millionnaire " ou autre jeu que je gratte en vol arrivé à l’altitude de croisière.

Visite prévol soignée et nous attendons notre unique passager du jour, ça tombe bien, c’est presque symbolique, c’est un pilote privé qui a même son propre avion, un monomoteur " Ruby ". Au moins, c’est un passager qui apprécie à 100% le vol.

 

Comme nous le faisons habituellement, pour le vol aller Madeleine est le pilote aux commandes en place gauche et j’assure les fonctions de commandant de bord en place droite, les " checklists " et la radio. Au retour nous permutons les places, je reprends la place gauche. De ce fait, je suis plus " spécialisé " pour l’approche à Lyon notre dernière base de travail, que pour les autres approches en France ou à l’étranger.

 

Cela dit, je préfère être à droite avec la radio et la navigation, surtout en arrivant sur des aéroports dont les arrivées sont quelquefois complexes. Avec mon expérience, je jongle plus facilement avec toutes les cartes, dont les cartes de roulage au sol. Souvent, sur les grands aéroports, par temps de pluie et surtout la nuit et par temps de brouillard, le roulage est difficile. Il est aisé de confondre une voie pour une autre.

S’il est relativement aisé à hauteur du poste de pilotage d’un avion de ligne (dix mètres pour un Boeing 747) de visualiser l’ensemble des " taxiways ", à hauteur du poste de pilotage d’un avion d’affaires, deux à trois mètres, toutes les balises sont sur le même alignement.

D’ailleurs, bien des aéroports envoient des voitures avec un " follow me " lumineux à l’arrière (suivez-moi ). Ces véhicules nous attendent à la sortie des pistes pour nous guider jusqu’au poste de stationnement.

Bilbao. Nous allons déjeuner dans la vieille ville proche du fameux musée " Gugenheim ".

Cette année-là, 2001 , l’automne a été magnifique. Septembre, octobre, toutes nos escales ont été agréables. Nous avons pu nous balader et bien profiter une dernière fois des villes ou nous avons souvent atterri.

2001 et le 11 septembre, c’est aussi une date cruciale pour tout le monde avec l’attentat contre les " twin tower " de New York. C’est Ben Laden et la montée de l’intégrisme islamique. Une importante baisse de fréquentation des avions de ligne provoquant la faillite de nombreuses compagnies aériennes, dont SWISSAIR après avoir absorbé CROSSAIR ou travaillent ma fille et mon gendre.

 

Décollage retour, Bilbao – Lyon, le dernier vol " pro ". Avec un seul passager et juste ce qu’il faut de kérosène pour rentrer. L’avion est léger, décollage et prise de vitesse bien plus qu’il n’est normalement requis après la rentrée du train en légère montée. Puis avec ce bel excédent de vitesse, j’amorce une montée cabrée d’avion de chasse vers notre niveau de vol. Dernière griserie du décollage avec un avion performant. Avec ce taux de montée, on voit le paysage rapetisser rapidement comme si on changeait changer d’échelle sur une carte. Avec ce type d’avion, on joue avec le paysage. Souvent au cours de vol sans passager dans les Alpes, j’ai fait littéralement du saute-mouton avec le relief. Les performances sont telles que d’un petit coup de manche tiré, on passe du fond de la vallée au sommet d’un massif en quelques secondes.

 

Nous longeons les Pyrénées et entamons la descente pour une dernière approche à Lyon Bron. Dernière traversée de couche nuageuse, dernière approche aux instruments, dernier atterrissage et arrivé au parking je coupe les réacteurs. J’écoute une dernière fois le sifflement des moteurs qui va décrescendo et le bruit des gyroscopes qui finissent de tourner derrière le tableau de bord. Symphonie de bruits familiers qui fait l’environnement sonore des pilotes. Dernier contact radio : novembre 198 novembre delta (N198ND, notre indicatif) au parking, bonne soirée….. Bonne soirée Novembre Delta, à bientôt… Non, pas " à bientôt, la tour ne nous entendra plus avec cet avion sur la fréquence.

Fin d’une carrière.

Nous avons mis une bouteille de champagne au frais que nous allons boire avec Daniel L… notre dernier passager en évoquant nos vols avec l’entreprise Norbert Dentressangle depuis 10 ans, février 1991 , octobre 2001.

 Puis nous fermons l’avion après avoir bloqué les commandes,mis les caches réacteurs, caches pitots, les cales. Une dernière photo de l’avion dans la nuit sous les projecteurs du parking. Madeleine lui embrasse le nez. Nous lui jetons un dernier regard plein de nostalgie et quittons l’aérodrome, une page se tourne… ! 40 années de vol, dont 37 professionnelles.

 

 

 

Mais nous sommes loin de mon premier vol solo le 15 mai 1961, 40 ans de pilotage,
et nous allons encore voler !

Reprenons depuis le début…suivez-moi dans les pages suivantes....

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Published by jean pierre Ebrard - dans AVIATION D'AFFAIRES
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