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19 octobre 2007 5 19 /10 /octobre /2007 07:38

Nous sommes au début des années 80, mon confrère et pilote, Bernard Lecluselle est fondateur de la société Flandre Air. Activité : école de pilotage, photos aériennes, tractage de banderoles publicitaires.

 

Être patron d’entreprise c’est quelquefois une lourde responsabilité.

Bernard embauche des pilotes pour le seconder dans l’école et le travail aérien. Malheureusement, l’un de ces pilotes va se crasher au décollage en accrochant une banderole parce qu’il a pris un passager occasionnant une surcharge. Ce passager, normalement non autorisé pour ce genre de travail sera malheureusement sera grièvement blessé et condamné à vivre dans un fauteuil roulant.

 

Bernard est jugé responsable et Flandre Air condamnée à verser une pension d’invalidité.

 

En difficulté financière, Il se fait racheter par Luc fils du président de la chambre de commerce.   Les relations aidant, Flandre Air créera des lignes régulières avec des avions à turbines de 19 places en partenariat avec Air France.

 

Mais avant cela, ce fils de président de CCI cherche à développer une activité d’avions-taxis et pour cela a besoin d’être agréé " TPP ", c’est à dire Transport Public de Passagers.

Créer les manuels d’exploitation et d’utilisation des machines n’est pas très complexe, mais cela demande du temps, car en fonction d’un canevas sommaire donné par l’Aviation Civile, il faut rassembler tous les textes règlementaires et les adapter au type d’exploitation. Dans ces années-là, pas d’ordinateur, pas de scanner, juste le photocopieur, la paire de ciseaux et le pot de colle.

 

Ayant eu pendant quelques années trois avions en exploitation, j’ai eu un mécanicien, Pierre, responsable technique de la société Air Service Affaires. Les propriétaires de ces avions les ayant vendus, Pierre a été embauché par Flandre Air, et sous la pression de Luc, lui a donné une copie de mon manuel d’exploitation. Pour ce faire une idée de ce que cela représente, à la même époque (1978), j’ai acheté 10 000 frs une copie de manuel d’utilisation d’un avion à la compagnie Britair.

 

 

Le bureau Véritas au cours d’une inspection m’informe de cela, croyant que j’ai cédé volontairement la copie de mes manuels puisqu’ils se ressemblaient point par point et à la virgule près.

 

À un ami pilote, Joël Deneu, qui montait aussi sa société à Calais avec un petit bimoteur, j’avais fait cadeau d’un exemplaire de mon manuel d’exploitation pour l’aider à démarrer rapidement.

Furax comme on dit. Je suis allé voir un avocat, mais les choses ont trainé et ayant quitté Lille définitivement en 85, je n’ai pas poursuivi.

 

 

J’ai encore un courrier dans lequel Flandre Air en la personne de son gérant, Luc m’écrit qu’il n’y a pas vol de propriété intellectuelle puisque le canevas est donné par l’Aviation Civile. Sauf que le canevas tient en une page et que le manuel en comporte des dizaines et il est adapté à chaque exploitation.

Je vous laisse juge. Il y a plus de vingt ans, il y a probablement prescription.Mais j'ai gardé tous les documents de preuves.

 

 

Mais mes affaires avec ce jeune homme ne s’arrêtent pas là.

 

Je loue à la CCI une cellule de hangar pour mon Cheyenne, assez cher d’ailleurs. Les hangars venaient-ils à rouiller… ? Toujours est-il que des travaux de peinture sont entrepris pour les rénover, principalement en repeignant le bandeau supérieur en blanc.

J’ai pris des vacances et à mon retour, je vois que " FLANDRE AIR " est écrit en gros des deux côtés de ma cellule, celle que je loue… !

 

Furax encore, j’imagine, et là ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dis (risque de plainte pour diffamation) " j’imagine ... ! ! " donc que c’est la CCI qui a financé le lettrage de cette pub.

 J’emprunte une grande échelle à un peintre. Je passe le samedi après-midi et le dimanche matin à recouvrir de peinture blanche la marque de mon concurrent.

 

flandre-air.jpeg

 

 

Cette histoire a bien fait rigoler le personnel de l’aéroport qui a bien des raisons de ne pas apprécier Luc. Fils du président, il se comporte dans tous les bureaux comme chez lui, ça agace.

Bien sûr, ça n’a pas trainé, j’ai eu la visite des gendarmes.

Procès-verbal d’interrogatoire comme il se doit, mais pas de plainte, ça embarrasse cette affaire.

Flandre Air m’envoie une facture pour refaire le lettrage, je consulte un avocat.

Finalement, tout cela arrive au moment où suite aux difficultés de mon actionnaire majoritaire, je transfère la société au Bourget et pour ne pas avoir des casseroles derrière moi, je paie la facture.

 

Quelques années plus tard, je suis en escale à Lille et je croise Luc. Il me tend la main que je refuse tout net.

 

" Depuis le temps monsieur Ebrard… "

" Depuis le temps, quoi depuis le temps… ? Vous étiez un voyou, et je pense que vous l’êtes toujours ".

" Ne vous fâchez pas comme cela vous êtes tout rouge"  !

 

C’est vrai, je me suis emporté.  On ne se refait pas.


 

 

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Published by jean pierre Ebrard - dans AVIATION D'AFFAIRES
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