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12 décembre 2010 7 12 /12 /décembre /2010 17:45

     Il est quelquefois difficile de faire comprendre les exigences de notre métier, même aux gens avec qui nous collaborons régulièrement.

 

      Je viens de faire une série de vols, dont le dernier imposait un retour à la base très tardif, au-delà de minuit. En prévision du vol du lendemain, j'envisage de prendre avec moi l'un de mes copilotes habituels pour me seconder par sécurité.

Mais au siège de GP, mon client du lendemain, la secrétaire du DG me dit que l'avion sera complet. Destination Poitiers.

      Le matin, 4 passagers seulement ! J'interroge le DG, c'est ce qui a toujours été prévu pour ce vol. Je râle en mon for intérieur.

L'arrivée de Poitiers passe par la verticale de la balise d'Amboise, AMB, et elle est tout à fait dans l'axe de la piste qui est encore très loin, dans les 60mn si je me souviens bien. La descente a déjà commencé, je suis transféré depuis le passage d'AMB sur la tour de Poitiers pour une approche finale, plafond relativement bas, dans les 500 pieds.

      A l'altitude atteinte au passage d'AMB, je suis parfaitement aligné sur le plan de descente et donc aussi aligné sur l'axe. Autorisé à l'approche, j'enclenche le mode APP sur le PA (approche automatique) et je garde ma vitesse, 250 Kt en configuration croisière. J'en ai pour environ 15 minutes avant la courte finale.

 

      Nous sommes entrés dans une couche nuageuse épaisse, mais non turbulente, je surveille mes instruments où rien ne se passe, directeur de vol , instruments moteurs, l'avion est bien stable sur sa trajectoire.

      Soudainement, nous sortons de la couche, je vois la piste grandeur nature. En un instant, je sors de la somnolence dans laquelle je m'étais enfoncé, je ne dormais pas, mais je ne contrôlais plus.

      Par réflexe je réduis les moteurs tout d'un coup, hélice plein petit pas brutalement, une grosse variation de pas qui donne un bon coup de frein tout en faisant un bon rugissement, les hélices hurlent, le train dans la foulée, la vitesse est cassée, les volets... La piste est longue, je suis posé... ouf ! J'étais déjà autorisé à l'atterrissage, je n'ai même pas eu à m'annoncer au passage de la balise finale.

      Au parking, je pique une colère. Le PDG, le DG me regardent un peu abasourdis, je leur explique le problème. Par la suite je vais exiger la liste exacte des passagers pour chaque vol.

      J'ai vraiment besoin de dormir, je vais au Novotel du coin. Là je vais encore piquer une crise dans le couloir, car malgré le carton « do not disturb » je suis réveillé plusieurs fois par les femmes de chambre. Dégouté, je me rhabille et je quitte l'hôtel non sans avoir encore suffisamment râlé pour ne pas avoir à payer la chambre. Je ferai une meilleure sieste dans l'avion.

sommeil.jpg

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