Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 20:36

 

 


Quand je dis être opérationnel, ça veut dire disponible le plus rapidement possible, mais aussi savoir passer un peu à côté de la règlementation. Je m'explique.



Alger, 15 juin 1985, un Boeing 727 de la TWA vient d'être piraté par des membres du Jihad islamique, initialement un vol Athènes – Rome dérouté sur Alger d'où ils sont repartis pour Beyrouth et revenir à Alger après avoir abattu l'un des passagers accusés d'être un marine américain qui aurait combattu au Liban.

Bloqués sur le parking d'Alger ils libèrent la majorité des 147 passagers et maintiennent à bord 53 américains. L'affaire monopolise les médias du monde entier, les américains en premier lieu.

Une équipe de télévision américaine contacte Darta pour aller sur place. Yves Darnaudet me propose d'aller là-bas, mais me dit-il,
« j'ai demandé les autorisations d'atterrissage qui n'ont pas encore été accordées. À toi de voir, tu pars avec Durand »
Durand, est un pilote qui vole régulièrement pour Darta.

5 minutes de réflexion... je donne mon accord.

 

Outre 2 ou 3 journalistes, je dois embarquer tout un matériel de transmission télévision par satellite, quelques caisses réparties dans le coffre avant et la soute arrière.

Décollage probablement en « légère » surcharge, car compte tenu des circonstances, j'ai fait le plein, je veux pouvoir ensuite quitter Alger vers une autre destination sans avoir besoin de refueler.


deroutement-alger45 minutes après le décollage, le radar me demande de contacter les opérations de ma compagnie. 130.8, André Rouillé au micro m'annonce qu'il faut revenir chercher une caisse que les collaborateurs des journalistes ont oubliés de mettre à bord. Le matériel qu'elle contient est indispensable pour la transmission satellite.

Refueling, et reprise du vol vers Alger, toujours pas d'autors.

 

Alger. La camionnette du handling est là avec la police de l'air locale. « Les autorisations, oui les voilà...! »

Je sors les doubles de télex des demandes que Darnaudet m'a donné en partant. La façon dont sont libellés les textes porte à confusion, moi-même je pourrai croire que c'est l'autorisation d'atterrir en bonne et due forme, ça marche !

Les passagers sont emmenés à l'aérogare, je n'aurai plus de contact avec eux, mon rôle est terminé.
Je demande le plein, la citerne arrive, j'ai la bonne carte de crédit carburant. Avec toutes les différentes cartes en service, quelquefois, faute d'avoir la Xeme carte, il faut payer cash, c'est pourquoi j'ai toujours une bonne réserve d'argent liquide dans l'avion.



Bon, ça baigne, no problem, maintenant direction le bureau de piste pour payer les taxes et faire le plan de vol retour.

 

Là ça se passe moins bien, au bureau de piste on nous fait comprendre que je les ai bien eus avec mes fausses autors.
Ils sont sur les dents avec cette histoire de déroutement. Pas contents du tout, mais je pense qu'on ne fait pas de vagues parce que ça impliquerait les gars qui m'ont accueilli à la descente de l'avion.

Pour les taxes, il faut payer en dinars sonnants et trébuchants.

Pour les plans de vol, il faut demander une autorisation de sortie du territoire.

 

Nous pouvons circuler librement. À l'aérogare mon collègue me dit qu'on lui propose des dinards à moitié du tarif contre des francs. Bon à prendre pour payer les taxes assez couteuses.

Pas question de jouer à cela, je lui déconseille formellement de se prêter à ces combines. Il y a une banque, je fais du change, on me donne un reçu de transaction.

Bien m'en a pris, au bureau de piste on me demande le bordereau de change qui doit accompagner obligatoirement les règlements en liquide, il y a beaucoup de trafics, les gens n'ont plus confiance en leur monnaie.
L'aérogare est en effervescence, des vols sont annulés, il y a beaucoup de monde.

Quant au plan de vol et à l'autorisation de rentrer: « rien en vue, repassez.... »

Deux heures après, idem.

Quatre heures après, même son de cloche. Nous prenons notre mal en patience en restant dans l'avion à lire la presse.



La nuit est tombée, avec mon copilote, nous décidons de rester dormir dans l'avion pour être prêts à repartir au plus tôt, mais en pleine nuit, nous sommes réveillés brutalement par le service de sécurité qui nous ordonne de sortir et d'aller à l'aérogare. Compte tenu des évènements, c'est une mesure de sécurité bien compréhensible.

L'aérogare est toujours pleine de monde qui dort à même le sol un peu partout. J'ai pris mon sac de couchage, mon copilote a les couvertures de l'avion que je laisse toujours « au cas où ».

Nous nous trouvons un petit coin pour finir la nuit.

Le lendemain je retourne au bureau de piste, mais c'est toujours la même litanie. « non non, votre autorisation n'est pas arrivée »

 

Je vais faire la navette un bon nombre de fois.

Heureusement, j'ai une bonne expérience des fonctionnaires de bureaux de piste. Cool cool, faut pas s'énerver.

Pendant ce temps, à Paris, personne ne sait ce que nous devenons, Madeleine s'inquiète, mais pas moyen de téléphoner depuis l'aérogare, les cabines ne fonctionnent pas, le bureau de piste n'a pas de télex commercial et ne peux pas ( où ne veut pas) nous passer une communication.



À la Xeme fois, toujours pas d'autor. Je plaisante avec l'un des responsables:

«  dans votre pays, on dit inch Allah n'est-ce pas...  alors:  inch Allah ... ! « 

Je crois avoir dit  juste ce qu'il fallait, ça l'a fait sourire.

Le gazier me dit: « attendez une minute » et part dans son arrière-boutique.

Je l'entends discuter en arabe avec ses collègues,  il revient pour me dire que ça y est, l'autorisation vient d'arriver, je peux repartir...!

Je suis persuadé qu'elle était arrivée depuis un bon moment, mais rapport à mon arrivée où je les ai bien eu, il m'ont rendu la monnaie de ma pièce. Cependant, si j'avais donné des signes d'énervement, je pense que j'aurais peut-être passé une nuit de plus à Alger.



Si je devais faire la même mission aujourd'hui, je ne partirais pas. Les temps ont quelque peu changé, et les prisons algériennes ne sont certainement pas confort du tout.


Lien avec l' INA pour visualiser le journal télévisé du 15 juin 1985
qui relate cet évènement.

detournement-alger-2

http://www.ina.fr/economie-et-societe/justice-et-faits-divers/video/CAB8501497301/detournement-twa-alger.fr.html

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires